Un auditeur, emporté par sa colère, avait déjà qualifié un jour les réseaux sociaux comme « des égouts à ciel ouvert ». Peut-être pensait-il à X, me suis-je dit.
Cette sortie tombait pile alors que je me questionnais justement sur l’utilité des réseaux. Pourquoi un tel engouement? Pourquoi tant de gens, même discrets, ouvrent-ils un compte sans jamais publier? Probablement pour lire les autres. Pour sentir une présence?
On peut invoquer les études, mais j’en suis arrivée à un constat simple. Les réseaux répondent à un besoin essentiel: avoir un contact humain, même minimal.
On croit que chacun a accès à une écoute active, d’un conjoint, d’une fille, d’un voisin ou d’une collègue. Ce n’est pas si vrai ni fréquent. La retraite, l’éloignement, l’usure des liens, et la pandémie ont réduit les occasions de sociabilité. Beaucoup avancent seuls. Les personnes aînées, en particulier. Et les grands centres urbains sont si anonymes…
(Le télétravail joue peut-être un rôle, mais c’est un autre sujet.)
Je crois qu’il existe un besoin universel de dire « Je suis là ». « J’existe ». Les réseaux fournissent un espace où ce message peut être envoyé, même à petite échelle. Je suis souvent frappée par ce désir d’être vu, même dans les gestes les plus quotidiens, même dans des moments de fragilité ou de grandes peines.
Pas une solution miracle
Mais les réseaux n’effacent pas la solitude. On peut interagir tous les jours, souvent, et rester seul. Le sentiment d’isolement persiste, particulièrement quand les réactions, ces foutus « likes », se font rares. Et les affinités supposées peuvent se fissurer vite. Les mots révèlent parfois des divergences politiques, des écarts générationnels, des déceptions silencieuses. La connexion ne garantit pas le lien.
Il y a plusieurs années, quand Twitter ressemblait encore à Threads, j’appartenais à une petite communauté, surtout composée de femmes avec qui j’échangeais quotidiennement. C’était léger et chaleureux. Je me souviens même d’un tweet-up, un rassemblement d’amis sur Twitter, dans un bar de Montréal. J’étais convaincue que j’allais enfin rencontrer « pour vrai » ces personnes avec qui j’entretenais des liens. Je suis revenue déçue. Les relations virtuelles étaient sans doute mieux dans leur environnement naturel.
Ça ne m’a pas empêchée d’apprécier plusieurs de ces personnes longtemps sur mon écran et mon téléphone.
Et puis tout s’est dissous. X est devenu un terrain de désinformation et d’agressivité fielleuse. À mon grand dam, d’ailleurs.
De plus en plus, l’âge aidant, j’avoue que je suis devenue allergique aux condamnations péremptoires, aux vulgarités, à la partisanerie enragée et aux tentatives de drague sur les réseaux. Et tôt ou tard, les trolls arrivent, certaines personnes s’ennuient et quittent, le temps manque pour alimenter les échanges, et on décroche.
Malgré tout, quand les réseaux offrent encore un peu de plaisir, de chaleur dans la froidure, il faut en profiter. Même si, au fond, nous restons souvent seuls. C’est toujours ça de pris et, dans cette mouvance de l’intelligence artificielle tous azimuts, on reste tout de même branchés sur les humains.
(Photo: ChatGPT)


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