Snow-covered street lined with historic buildings

Interminable

Janvier s’achève enfin. Hourrah ! Quel mois pénible.

Entre la neige abondante et le froid mordant, les trottoirs deviennent des visages glacés ou, comme chez moi à Laval, s’effacent complètement. On marche dans la rue en négociant avec des plaques de verglas traîtreusement cachées sous une fine couche de neige. Une vraie partie de plaisir !

Je me demande souvent comment les nouveaux arrivants apprivoisent janvier dans les rues du Grand Montréal ou en région. Bien sûr, l’expérience varie, mais plusieurs doivent trouver le choc brutal. Passer du Sénégal au Québec doit être une épreuve de résilience, même pour les plus enthousiastes.

Je me souviens d’avoir croisé deux hommes d’origine africaine qui discutaient sur un trottoir enneigé. L’un avouait ne plus en pouvoir de l’hiver québécois, tandis que l’autre tentait de le rassurer en lui promettant qu’on finit par s’y habituer. L’a-t-il convaincu ? L’histoire ne le dit pas. Une autre fois, dans le vestibule d’un Jean Coutu sur Mont-Royal, j’ai vu une femme d’âge mûr, d’origine asiatique, recroquevillée pour échapper aux bourrasques. Elle aussi semblait vaincue par le froid.

C’est loin d’être évident, janvier. Les optimistes me rappelleront que les jours rallongent, mais je maintiens que les plus chanceux sont ceux qui s’envolent vers les plages chaudes et les mers bleues, savourant un apéro sur une terrasse ombragée. On peut aimer l’hiver et détester janvier. C’est mon cas.

Mais il n’y a pas que la météo qui s’étire. Les guerres aussi semblent interminables : l’Ukraine qui s’enlise, les citoyens de Gaza survivant sous les bombes dans les décombres, la répression féroce en Iran. Quant aux propos délirants de Trump, la saturation est presque totale. Ses « chemises brunes » patrouillent à Minneapolis et ailleurs, traquant quiconque a la peau basanée ou un accent étranger pour les expédier vers le Texas.

Février sonne à la porte. Les présentatrices météo — ces femmes harcelées par des détraqués derrière leurs écrans — nous annoncent déjà un froid intense.

Je retourne donc à ma lecture sur la vie d’Anthony Bourdain. J’ai besoin de me plonger dans l’existence de cet homme qui a marqué ma psyché. Un homme dont la vie était tout sauf ennuyante, mais qui, un jour, a fini par trouver le temps beaucoup trop long, interminable.

(Photo: Unsplash)


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