J’étais assise dans son salon, sur le plancher, comme à mon habitude. Je buvais une bière blonde dans un buck glacé, gardé au congélateur, au cas où de la *belle visite* passerait faire un tour. Elle buvait une tisane couleur verdâtre, qui ressemblait vaguement a de l’eau dans lequel les asperges ont baigné malheureusement trop longtemps, avant d’être jetés dans le fond d’une assiette qui avait connu de meilleurs jours. J’ai jamais rien compris aux tisanes, j’avoue. Mais j’aime les asperges. Follement.
On regardait ses albums photos. Ceux achetés chez Kresge ou chez Woolworth, vieillis, jaunis, avec des mots colorés en or : Mes photos, et un autre d’un rose nanane : My family. Ça sentait un peu l’armoire. Celui qu’on ouvre qu’une fois par année. Un peu fané. un peu senteur de nostalgie, avec des accents souvent aigus.
La discussion était en morceaux, en pièces détachées. Des petits bouts, avec le bruit des pages des albums qui tournent lentement. Et je tournais les pages. Inévitablement, mon : « C’est qui lui ? » et mon index pointant vers une photo, souvent un peu embrouillée, pleine de plaisirs et de moments oubliés.
Et puis, la photo de deux gars aux sourires éclatants, dont l’un arborait le tatouage d’un aigle entouré dans son drapeau américain, qui s’enlace, comme des amoureux éperdus, s’amusant à poser en couple . « C’est qui eux autres ? »
– » Des soldats américains qui revenaient du Vietnam, des amis à mon mari, en visite, pour la pêche ».
– « Ça c’est toi, avec la robe jaune ? »
-« Oui, c’est moi. »
Elle était assise sur un tabouret, dans sa robe jaune moulante, le bas de nylon soyeux, les cheveux noirs en cascade sur ses épaules, le regard amusé et les lèvres séduisantes. Sur la photo, elle regardait les deux hommes, avec une expression difficile à saisir.


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