Un beau jour, sans crier gare, on lui annonce que son poste de travail n’existe plus. Intimer de partir sur-le-champ, avec sa lettre de quittance dans le fond de ses poches, on lui demande de donner ses clés, sa carte d’employée et les autres objets d’usage, tel le cellulaire, à la personne désignée pour cette mise à mort corporative. En dix minutes, l’employée, à qui le ou la patronne souriait chaleureusement et tapait dans le dos allègrement il y a seulement quelques heures, vient de franchir le seuil de la porte pour ne revenir que la semaine suivante, histoire d’empaqueter ses effets personnels. L’âme est écorchée vive et le goût de fiel irrite la gorge. Et en passant, la mémoire n’oublie pas : on espère quand même que le karma existe.
Jour de gris
Cette situation se vit tous les jours depuis toujours. Dans de grandes entreprises, comme dans de petites, dans des organisations sans but lucratif aussi, comme dans le monde de la haute finance, au sein de cabinets aux tapis moelleux, comme dans les PME des quartiers industriels. Le mode d’exécution peut varier quelque peu, selon le directeur général, le gérant ou le p.d.g, mais la méthode « Rambo » décrite ici brièvement est souvent la méthode utilisée quels que soient les motifs de fin d’emploi.
Et la fille avec les larmes plein les yeux et le corps encore sous le choc, c’est votre amie, votre voisine, la femme de votre vie. Elle en a le souffle coupé et vous tentez désespérément de la consoler, en cherchant les bons mots.
Malgré toutes les bonnes intentions, certains mots d’encouragement sont à éviter, même s’ils sont prononcés afin d’offrir du soutien à la personne soudainement mise à pied. On pense ici notamment à la phrase qui en hérisse plus d’un haut plus au point : « Il n’y a rien qui arrive pour rien. » Bien sûr, se faire passer dessus par un autobus, c’est porteur de tellement d’opportunités soudainement ! En voici trois autres qu’il faut éviter, histoire de ne pas verser du sel sur la plaie béant laissée par la fin d’emploi, particulièrement lors des premières semaines suivant la mise au rancart forcée.
1) « Ça m’est arrivé moi aussi » (ou sa variante, c’est-arrivé-à-ma-sœur)
Souvent prononcée dans le but de démontrer que la douleur est chose commune, partagée, et que votre expérience personnelle passée vous permet de comprendre les affres dans lequel votre amie est jetée, elle n’aide malheureusement pas ou très peu. Chaque situation est un cas d’espèce et chaque situation est ni plus ni moins une cassure, dont la douleur se vit à différents degrés. C’est une cassure professionnelle et pour les personnes qui ont occupé ce poste pendant de longues années, c’est une fin de carrière patiemment bâtie. De plus, les incidences monétaires et sociales de la fin d’emploi peuvent être critiques dans la vie d’une personne, avec ou sans enfants, avec une hypothèque à rembourser, ou ayant plus de cinquante ans. Dans ce deuxième cas, c’est souvent une voie de non-retour du travail à temps plein, ou dans des conditions semblables à celles que l’on est forcé de laisser tomber. Même si votre histoire s’est bien finie — vous avez trouvé un emploi au bout d’un an ! — la solidarité dans la douleur ne tient pas la route ici.
2) « Tu vas te trouver un emploi rapidement ! »
Toujours pour bien faire, l’ami cherche à calmer les appréhensions fort légitimes de la personne soudainement sur le carreau et fait preuve d’optimiste débridé pour sa copine désormais sans emploi. Se trouver un emploi n’est pas toujours facile. Une panoplie de facteurs peuvent rendre la recherche et surtout la trouvaille d’un emploi, et d’un bon emploi de surcroît, très ardue. Les conditions du marché de l’emploi dans un domaine donné, l’âge de la personne, les nouvelles technologies, les emplois offerts, la conjoncture économique (et que dire de la chance !) etc., sont des facteurs qui influencent, parfois négativement, sur la capacité de la personne à se trouver un emploi rapidement.
Il est mille fois préférable de parler de la réalité : chercher et trouver un emploi est difficile, mais il faut le faire coûte que coûte, et ce dans un délai assez rapide.
3) « Ton réseau va t’aider à te trouver un emploi ! »
Stratégie clé selon la « Madame-Spécialiste-en-Transition-de-Carrière », à qui on a confié, moyennant redevances, le cadavre fumant de la personne qui a été jetée, pour quiconque veut se retrouver sur le marché de l’emploi, cela suppose que 1) l’individu remercié pour ses bons et loyaux services a un vaste réseau qui n’attend que de venir en support et que 2) même si c’est le cas, le réseau a dans ses multiples cartons des emplois à offrir dans le mois ou l’année qui vient.
Certaines personnes sont au cœur de vastes réseaux professionnels, d’autres sont munis de ressources familiales ou d’un bassin amical et familial nombreux, souvent indispensables dans ces moments difficiles. Mais même si c’est le cas, les règles du marché de l’emploi s’appliquent ici aussi. Des postes sont affichées par des donneurs d’ouvrage, pour des gens possédant 3-4 ans d’expérience, alors que vous en avez cinq fois plus… Des postes sont affichées chez votre réseau, mais ne correspondent pas à vos compétences…
Ceci n’empêche absolument pas, au contraire, de passer le mot sur la nouvelle disponibilité de son amie, à ses propres contacts, qui pourraient se chercher des personnes contractuelles, des pigistes, ou des employés à temps plein.
Transition à la dure
Finalement, quand cette situation dramatique survient dans la vie d’une proche, une approche basée sur l’écoute active est la seule voie à emprunter, avec un emphase sur l’importance pour la personne de prendre extrêmement bien soin de soi, car la tempête intérieure est intense et les ravages sur le corps et l’esprit peuvent être importants. La patience avec soi est aussi fondamentale, car comme une peine d’amour, il faut un certain temps pour faire le vide, se refaire les batteries et se réinventer. De la douceur aussi, car perdre un emploi, particulièrement si celui-ci était apprécié à sa juste valeur, est un bris, une rupture féroce qui laisse des marques à l’âme. Se sentir trahie n’a rien, mais rien d’agréable.
Une personne en deuil de son travail, de ses camarades de bureau, de son univers professionnel, n’en mène pas large. C’est le moment de lui proposer des activités stimulantes (prendre une marche, c’est excellent pour le moral !), jusqu’à ce que la douleur de la perte du travail finisse par s’estomper, jusqu’à ce qu’un nouveau jour se lève, cette fois plus serein. Apportez les mouchoirs aussi, car qui dit deuil, dit abondance de pleurs, et soyez patient avec votre copine: un jour sa vie deviendra plus vivable.


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